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Houdan (78550)

Le tapissier de la Tour, mémoire de Houdan

Laurent Truttmann a vécu toute sa vie à Houdan. Unique tapissier de la ville, il est aussi un témoin de son histoire. Rencontre entre nostalgie et artisanat.

© Droits réservés
Par Manon BROUSSEAU - Le 03 mars 2026

Houdan est le fief de la famille Truttmann depuis plusieurs générations. La grand-mère de Laurent y tenait une épicerie, en lieu et place de l’actuel Tire-Bouchon. Son papa y a installé son atelier de tapissier en 1962, rue de l’Enclos. C’est dans cette maison de trois étages, vieille de plus de 300 ans, dont la boutique occupe le rez-de-chaussée, que Laurent a grandi et passé sa vie. Une maison dédiée à l’artisanat depuis toujours : « en 1882, c’était une boulangerie, puis un imprimeur et un tailleur » raconte Laurent. De ce passé, il a retrouvé et conservé des reliques qu’il chérit : le ciseau du tailleur, la pale du pétrin du boulanger, retrouvé dans le four à pain.

Dans cette maison en colombages, témoin d’une vie ancestrale, Laurent vit et travaille. Son père avait lui-même été formé par un tapissier de Houdan, à une époque où ils étaient nombreux dans la ville à restaurer des fauteuils et fabriquer des rideaux. À 17 ans, après ses études à Paris, Laurent décide de rejoindre ses parents dans l’atelier familial et y apprend le métier. « Ce que j’aime c’est de rendre leur beauté à des objets désuets. Les gens m’amènent des fauteuils, souvent hérités de leurs grands-parents, ils ont une valeur sentimentale ». Rénovés à l’identique ou revisités avec une touche contemporaine, le processus reste le même : « je commence par dégarnir le fauteuil, je recolle le bois, puis je reconstruis l’assise avec des sangles ou des ressorts selon sa structure, avant de garnir au crin selon la méthode traditionnelle, de modeler les volumes par les piqûres et de poser la toile puis le tissu final. La finition se fait avec des clous décoratifs — idéals pour les tissus épais — ou un galon, plus adapté aux étoffes fines ». Une rénovation complète demande généralement trois à quatre jours de travail.

Si avant Laurent et son papa se déplaçaient chez leurs clients pour récupérer les fauteuils à restaurer, désormais ce sont les clients qui viennent à l’atelier. Encore un changement d’époque comme dirait Laurent. Nostalgique de la vie d’avant, Laurent est passionné par l’histoire de sa famille. Collectionneur et conservateur, il a encore son sac d’écolier du temps où il jouait avec ses copains sur la place de la Tour, quand il cachait des messages dans les failles du Donjon, témoin de l’histoire militaire de la ville. « Ce sont les objets qui conservent le passé, sinon on ne se souvient plus. En tant qu’artisan, on ne peut que s’intéresser à l’histoire et s’émerveiller devant des objets anciens. J’ai restauré des outils datant de 1830 ; c’est merveilleux de voir qu’ils fonctionnent encore » poursuit Laurent. Il a trouvé des traces de sa famille jusqu’en 1600 et récemment, il a appris dans les archives que des membres de sa famille étaient très proches de Georges Clemenceau. « Si je regrette certains aspects d’Internet, je le trouve merveilleux pour ce que cela permet d’apprendre sur sa famille et son passé » ajoute-t-il.

Comme son métier qu’il connaît par cœur, Houdan n’a aucun secret pour lui. À l’approche de la retraite, il ne se sent pas prêt à quitter les lieux : « si je ferme, je ne serai plus tapissier. Et si je pars, c’est comme si la boutique n’existait plus ». Laurent Truttmann, c’est un savoir-faire, des mains qui redonnent vie aux objets du passé, mais aussi un puits de connaissances sur l’histoire de sa ville, Houdan. Peut-être aurons-nous un jour l’occasion de lire tout ce qu’il a à raconter, confortablement assis sur un fauteuil Voltaire qu’il aurait lui-même restauré. Qui sait ?

informations

Le Tapissier de la Tour 
30 rue de l’Enclos - HOUDAN - 01 30 59 63 34

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