Les Drouais s’installèrent dans une longue nuit qui allait durer les quatre années d’Occupation Allemande dans leur ville. Certains vont collaborer en faisant commerce avec l’ennemi, d’autres vont plonger dans l’anonymat de la Résistance, d’autres encore vont s’adonner au marché noir, mais la plupart étaient résignés, écoutant Radio Londres, attendant avec angoisse et espoir la fin du conflit. Ils vont subir les restrictions, les contrôles d’identité permanents et le couvre-feu imposé dès 21h, portes et fenêtres camouflées, sans lumière apparente ; avec la peur permanente d’éventuels bombardements de l’aviation alliée.
De nombreuses familles drouaises avaient l’un des leurs, prisonnier de guerre dans le « Grand Reich. » Elles feront tout pour rapatrier les prisonniers d’Allemagne à Dreux. Aussi bien auprès du maire, du ministre des prisonniers du gouvernement de Vichy. Il y eut quelques rapatriements entre autres pour des prisonniers ayant des métiers nécessaires à la bonne marche de la société mais surtout dans le cadre de « la relève » : des prisonniers libérés, remplacés par des civils partant travailler en Allemagne.
S.T.O. - Service du travail obligatoire. L'Allemagne nazie imposa au gouvernement de Vichy la mise en place du STO, pour compenser le manque de main-d'œuvre dû à l'envoi d'un grand nombre de soldats allemands sur le front de l'Est, où la situation ne cessait de se dégrader.
Le bronze de toute première qualité de la statue de Jean Rotrou intéressa l’occupant allemand. La statue fut démontée et emportée le 4 mars 1942. Un « surmoulage » de la statue originelle, actuellement dans le foyer du théâtre, permit au sculpteur normand Delandre de réaliser une parfaite copie en pierre installée au centre de la place Rotrou.
Une rue du Maréchal Pétain, nommée par la municipalité drouaise en 1940, sera transformée dès la Libération en rue du Général de Gaulle.
L’aérodrome de Dreux-Vernouillet sera agrandi par les Allemands pour participer à la bataille d’Angleterre. Des pistes en ciment et des bâtiments furent construits par des Drouais réquisitionnés.
D’après le commissaire de police de Dreux, le premier acte provocateur contre les armées d’Occupation depuis l’Armistice fut accompli par trois élèves de la classe de première du lycée Rotrou qui furent arrêtés le 29 janvier 1941, pour avoir affiché sur les murs de la ville des placards injurieux à l’égard de Monsieur Hitler (sic) et envers les autorités d’Occupation. En punition, tous les élèves de plus de 15 ans durent recopier, pendant 3h à la Kommandantur, un texte insipide mal traduit de l’Allemand que l’on pouvait comprendre à contre-sens. Les trois collégiens, après trois semaines en prison à Chartres, furent libérés et exclus définitivement du lycée.
Peu à peu, hostile à la présence allemande, la Résistance s’installa à Dreux et en Eure-et-Loir.
Le 8 novembre 1943 à Dreux, dans la classe de couture de l’école pratique ménagère, en Grand-Rue (actuels locaux de l’Office de Tourisme), Livia, 14 ans et demi, est arrachée à ses camarades par des soldats allemands, conduite à la Kommandantur, rue Saint-Martin. Elle était la fille unique d’Olga, couturière, et de Désiré Zinger, plombier-couvreur, arrivés de Budapest dans les années 30 dans l’espoir d’une vie meilleure. Élèves et enseignants ne la reverront jamais. Après un passage à Drancy, Livia et sa mère meurent gazées à Auschwitz, le 17 décembre, Désiré ayant péri au camp de Sobibor, le 23 mars 1943. Une rue drouaise porte depuis peu le nom de Livia Zinger.
En 1944, après des bombardements désastreux en juin, Dreux sera libérée par l’armée américaine et la Résistance drouaise. À suivre...