Après les terribles bombardements de l’aviation allemande des 9 et 10 juin 1940, les habitants de Dreux fuirent leur ville en ruine. « Pourquoi avez-vous fui ? », pouvait-on leur demander. « Parce que tout le monde s’en allait. Les autos sont parties, on les a suivies ». Ce sont surtout les autos qui ont entraîné l’exode. Puis de longues colonnes se formèrent sur les routes menant vers un sud incertain, la peur au ventre, enchevêtrements de voitures, de charrettes à cheval ou à bras. Les yeux rivés sur le ciel, le désarroi, la sidération. Les stukas de l’aviation allemande plongeant sur ces colonnes prisonnières, très denses, lâchant leur mitraille meurtrière. Les rumeurs les plus invraisemblables circulaient dans ces colonnes effrayées. Chacun suspectant l’autre de faire partie de la cinquième colonne des espions au service de l’Allemagne. Malgré des affirmations insistantes, aucun avion de l’armée italienne n’a participé à ces massacres aériens, Mussolini n’ayant déclaré la guerre à la France que le 10 juin.
Lorsque les 13 et 14 juin, les Allemands entrèrent dans Dreux, ils trouvèrent une ville morte. Sous-préfecture, mairie, presbytère étaient abandonnés. Furieux, les soldats pillèrent d’abord les magasins de comestibles, puis les autres. La dévastation fut achevée par des cambrioleurs sortis d’on ne sait où, comme dans toute catastrophe.
Les Allemands établirent leur « Kommandantur » d’abord à la Mairie (actuel Dôme), avec son poste de police à côté dans l’étude de maître Lecuyer notaire, puis à la sous-préfecture. Enfin, elle fut installée dans l’immeuble accueillant actuellement le pâtissier champion du monde.
Depuis le bombardement du 9 juin qui rendit inhabitable l’hôpital de Dreux, les malades furent regroupés au sanatorium des Bas-Buissons. Le 13 juin, Maurice Viollette, maire de Dreux, réussit à trouver deux camions et les malades purent quitter Dreux pour être accueillis, par petits groupes, dans plusieurs hôpitaux, notamment au Mans.
À partir du 20 juin, les Drouais vont cesser leur fuite pour remonter vers Dreux. Certains étaient descendus jusqu’ à Biarritz ! Malgré la fin des bombardement aériens sur les routes, le retour fut long et difficile. Plus d’essence, la nourriture devenue rare. Début insidieux du marché noir. Routes défoncées et encombrées de toutes sortes de véhicules. De nombreux cadavres enterrés à même le bord des routes, souvent anonymes. Entre temps, le discours du Général de Gaulle du 18 juin que peu de Drouais sur le chemin du retour d’exode n’entendirent.
L’arrivée à Dreux fut tragique. Beaucoup de ces revenants étaient devenus des sinistrés, les maisons ayant été détruites ou abimées. Il fallut déblayer les rues des gravats et constater les pillages. L’urgence fut de réparer les toitures des maisons pas trop abimées pour qu’elles deviennent immédiatement habitables. Les bâtiments détruits durent attendre l’après-guerre pour être reconstruits. La gare et les voies défoncées furent rapidement réparées pour faire à nouveau fonctionner le trafic ferroviaire.
Après l’armistice signé dans le wagon de Rhetondes, à Compiègne le 22 juin, la France est vaincue. C’est le début du régime de Vichy et de l’Occupation de la France et de Dreux et de la partition du territoire français en deux zones, Dreux se trouvant en zone occupée.
À la suite de la défaite des armées françaises et de l’armistice, plus d’un million de soldats français se retrouvèrent prisonniers de l’armée allemande. De nombreux ressortissants drouais furent ainsi transférés en Allemagne en tant que prisonniers de guerre, pour la plupart jusqu’à la fin du conflit.
Pour Dreux commença alors une longue et douloureuse période de quatre années d’occupation allemande.
À suivre….