Après quelques chroniques personnelles, je reprends le cours chronologique de l’histoire locale drouaise. Les chroniques de ce premier semestre 2026 seront consacrées à la Deuxième Guerre mondiale à Dreux.
1 - Prémices de la guerre : 1938-1939
En 1938, mon grand-père survivant de la guerre 14/18, multi blessé, multi décoré, en entendant à la radio les informations et les vociférations d’Hitler, prédisait à mon père : « Tu vas aussi y avoir droit à la guerre, comme moi il y a vingt ans ». Depuis l’arrivée d’Hitler et du parti nazi en 1933, l’émergence d’un nouveau conflit franco-allemand se faisait de plus en plus probable. Les Français durent peu à peu s’y résigner. « La der des ders » de 14/18 ne sera donc pas la dernière des guerres. Les hommes réservistes se virent rappelés pour des périodes militaires d’entrainement comme au camp de Coëtquidan en Bretagne.
Dès 1938, la municipalité drouaise s’inquiéta de l’arrivée possible d’une nouvelle guerre et essaya de s’y préparer. Plusieurs réunions du conseil municipal y furent consacrées car Dreux était une ville de garnison, potentielle cible des bombardements de l’aviation ennemie. L’exemple des bombardements de Barcelone et de Guernica, lors de la guerre d’Espagne, traumatisa les édiles drouais. N’était-il pas prudent d’envisager la création d’abris pour protéger la population civile ? Une liste de caves de maisons drouaises fut alors produite. Il s’avéra que nombre de ces caves étaient trop humides, avec une aération insuffisante et un bâtiment ancien trop fragile risquant de s’effondrer en cas de bombardement. Dreux n’a pas l’abri idéal qu’est le métro parisien. Les caves et abris réquisitionnés par la mairie, ainsi que la plupart des caves creusées dans la colline, furent signalés par une inscription murale en lettres noires sur fond blanc : « Abri », suivi du nombre de personnes pouvant les occuper. La municipalité se donna le droit de réquisition de la propriété de la famille d’Orléans, en raison de la présence de souterrains.
Les édiles s’inquiétèrent de la position de la gare de Dreux, cible idéale, ainsi que de l’emplacement de l’hôpital (entre la rue St-Denis et le bd Louis Terrier). Il fut décidé, en cas de bombardements, de conseiller aux habitants du centre-ville de se réfugier sur les plateaux nord et sud.
L’autre grande préoccupation était celle de la propagation de gaz de combat comme le « Gaz moutarde » de la Grande Guerre. Dreux, étant située dans une cuvette, est très vulnérable. Pour protéger la population, il faut la munir de masques. Mais la ville de Dreux n’en possédait pas ou si peu. Chartres ayant déjà raflé les stocks de masques attribués à l’Eure-et-Loir. La ville de Dreux essayera par tous les moyens d’acquérir ces masques à gaz, en vain. Heureusement, les gaz ne furent pratiquement jamais utilisés dans ce conflit.
La Défense passive drouaise fut réorganisée, le poste de commandement installé dans la cave du magasin de meubles Le Moulec, étayée en conséquence (angle Doguereau, Louis Terrier). L’hôpital militaire fut transféré au Pensionnat St-Pierre, l’Hôpital d’évacuation, à l’école de Rieuville (actuelle école d’infirmières).
Certains Drouais d’opposition critiquèrent le maire Front populaire Maurice Viollette d’accueillir à grand frais les réfugiés espagnols républicains chassés par Franco (dont le peintre Lamolla).
Des décisions éloignées de l’imminence de la guerre furent adoptées en conseil municipal, comme la suppression de la ligne ferrée Dreux-Maintenon, remplacée par des cars et la proposition pour la création d’un Musée par Messieurs Dessal et Trubert.
Et puis ce fut la déclaration de guerre, le 1er septembre 1939. À suivre...